SOS d’une anorexique en détresse

Bonjour guys ! Ou plutôt bonsoir. Voilà… j’ai touché le fond. Je pensais m’en sortir seule mais ce n’est pas le cas. Je suis maigre, squelettique même, je voulais prendre du poids, me muscler, être assez robuste pour affronter la vie mais la maladie se veut plus forte. Et pourtant, je pensais l’être, forte. Non pas que je m’avoue vaincue ou faible, simplement l’anorexie est une maladie qui vous bouffe de l’intérieur, qui vous bousille et qui n’est pas vous. Elle est à l’intérieur de vous, dans votre tête, votre sang, irrigue votre cerveau et courbe votre colonne vertébrale de plus en plus visible. J’ai d’ailleurs découvert la présence d’os insoupçonnés dans le corps humains, de touts petits os avant entourés de chair et de muscles. L’an dernier j’ai posté deux articles concernant mon anorexie, je ne vais donc pas relater ici mon histoire passée mais parler du présent et de l’avenir. Si tant est que j’en ai un… Car oui, mon état est critique, je me demande comment mon petit coeur tout mou fait pour battre encore. Mais il est là, dans ma poitrine, même si je ne le sens pas toujours. Je suis froide, mon rythme cardiaque est imperceptible, je suis comme morte. Mais je m’accroche à la vie. Une anorexique n’est pas une capricieuse ou une suicidaire, en tout cas pas pour ma part. J’ai parfois des mots durs et noirs, mais ce n’est pas moi qui parle, c’est la peur. Peur de tout, de manger, de grossir, de sortir, de voir les gens, d’être jugée, d’être enfermée, contrainte, touchée, aimée aussi car ce matin mes parents, soit disant au nom de leur amour, m’ont mise au pied du mur : soit tu acceptes l’hospitalisation, soit on t’y amène de force. Or, à moins de me faire passer une camisole, je ne vois pas comment ils vont s’y prendre. Sauf qu’ils ont raison : je dois me faire hospitaliser, pas juste pour prendre quelques kilos et réapprendre à manger, mais pour vivre. Et oui, mon capital vital est jeu. Vous voyez dans les jeux vidéos la jauge de vie du personnage ? Et bien la mienne est presque vide. Mes parents ont peur de me retrouver morte un matin ou de me voir m’écrouler comme ça, arrêt cardiaque ou que sais-je.

Moi aussi je crains pour ma vie car c’est de la mienne qu’il s’agit, je veux vivre librement, sereinement et pleinement. Vivre, quelle belle notion, mais abstraite aussi car je suis en mode survie. Me battre, encore et toujours, et dépérir malgré tout. M’accrocher mais à quoi ? A l’espoir que les choses s’arrangent d’elles même ? Je sui fatiguée de me battre, fatiguée d’être en conflit avec moi et moi-même, entre cette putain de voix dans ma tête qui hurle et qui n’est pas la mienne, je suis anorexique mais je ne suis pas la maladie, elle ne me définit pas. Sauf que je me suis perdue en chemin, trop occupée à trier la nourriture, à faire du sport, à vouloir tout contrôler non seulement me concernant mais aussi pour mes proches. Je leur mène la vie dure, je culpabilise, cercle infernal, honte, haine, ô désespoir ! Que sont devenus ces jours heureux, ces moments de partage que j’aimais tant ? Ces repas conviviaux où nous rions, mangions, insouciants et débiles que nous étions ! La vie paraissait bien belle à l’époque et les problèmes loin  de nous. On se croit immuniser face aux méandres de la vie, on pense que ça n’arrive qu’aux autres, on est désolée mais au fond on s’en fou. On est des hypocrites et puis un beau jour, ou peut-être une nuit, tout bascule et vous vous prenez l’horreur en pleine figure.

Je me souviens qu’avant on me reconnaissait avec mon rire si particulier, pas discret du tout. Ma marque de fabrique en quelque sorte. Je ne me rappelle plus de son son, cela fait tellement longtemps que je n’ai pas ris… j’étais bonne vivante pourtant, mais je suis morte. La Marion qui est née n’existe plus, il y a des bouts d’elle par-ci par-là dans les souvenirs mais plus le temps passe, plus les souvenirs s’estompent et plus rien ne restera d’elle, rien à part un tas d’os qui finiront poussière. Mais au fond de ses yeux réside toute la force du monde, toute l’énergie pour vaincre, et cette rage, cette putain de rage de vivre va lui crever les yeux car après tout c’est avec le coeur que l’on voit le mieux ( Saint Exupéry me pardonnera la paraphrase ) et mon coeur bat la chamade ! Oh oui, je vous le garantis qu’il absorbe tout ce qu’il peut, qu’il pompe à plein régime ce qui lui reste, que mes poumons se gonflent de cet air pollué à la con, mais le monde a beau se barrer en couille, oui il y a le nucléaire, des guerres, attentats, morts, injustices, SDF, maladies incurables, catastrophes naturelles, meurtres, mensonges et j’en passe, il y a l’amour, la vie et elle vaut la peine d’être vécue. Oui mais voilà, pour l’instant seule la peine ressort de tout cela et ce n’est pas ce que je veux. Je ne souhaite à personne de vivre ce que je traverse, malheureusement trop d’anorexiques existent… j’ai compris grâce à une thérapie d’où me vient ma maladie, je pensais que cela me donnerait un déclic et me permettrait de passer à autre chose, de me soigner, de retrouver peu à peu le goût des aliments, des choses, de l’existence. Mais je suis encore écoeurée de ce qui m’est arrivée, j’ai la nausée de ce traumatisme, mon estomac rikiki n’a pas digéré l’évènement. J’ai besoin d’aide pour me soigner, aide qui ne peut pas venir de mon propre être. J’ai besoin d’un suivi thérapeutique pluridisciplinaire, de me réconcilier avec la bouffe, mon corps et tout ça, mais surtout avec mon passé car il fou en l’air mon présent et parti comme ça mon avenir aussi car je n’en ai aucun, ce qui est mort ne saurait mourir ( les aficionados de GOT se reconnaîtront ).

Donc nous en sommes à aujourd’hui, mardi 12 juin 2018, pire jour de ma vie mais aussi celui où j’ai pris la claque du siècle : hôpital ou hôpital ? Hum… laissez-moi réfléchir… Hôpital ? Je ne sais pas comment ça se passe pour être admise, les conditions sur place et bien sûr ce qui m’inquiète le plus : la sortie. Pas de téléphone, je suis accro à Instagram mais une détox digitale sera bienvenue. Tant qu’on m’autorise à lire et écrire, c’est ce qui est le plus important. J’ai publié mon premier roman, une fiction mais qui sait, de mon aventure au centre Abadie à Bordeaux pourra naître un second livre, l’histoire de ma pauvre et misérable réalité, et de comment j’ai, malgré toute la peur quelle ressens jusqu’au fond de mes tripes, pris tout le courage qui me restait et affronté cette dure réalité afin de m’en créer une nouvelle, une réalité choisie et non subie, débarrassée de la maladie et de ces craintes. Gagner du poids pour être soulagée d’un autre, avoir la carrure pour affronter les aléas car si j’ai retenu une chose de tout cela c’est bien que rien n’est certain, que nous ne sommes à l’abri de rien ni de personne, encore moins de nous-même, et qu’avec toute la volonté parfois c’est insuffisant. Il faut accepter de se faire aider, ce n’est pas un échec ou un aveu de faiblesse, c’est reconnaître son impuissance et son humanité car nous ne sommes pas des divinités parmi les hommes, nous ne sommes pas intouchables bien droits sur notre piédestal. La chute fait mal, les chevilles se tordent, mais ne se brisent pas. Je ne suis pas un petit être perdu et cassé, bon à jeter. Des gens existent pour m’aider, et j’ai besoin d’eux. Alors demain matin je contacterai le centre A badie de Bordeaux, connaître toute la marche à suivre et advienne que pourra…

Si vous êtes anorexique ou connaissez quelqu’un qui l’est et qui a été hospitalisé c’est le moment de vous manifester, car j’avoue avoir besoin de réconfort et de soutien moral, d’encouragements aussi. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie, mais le courage c’est d’affronter ses peurs non ? Alors il est grand tant d’être un super héro, ou une super humaine, de puiser le moindre gramme de courage qui me reste et d’affronter cette peur qui me tétanise. Je sortirai de là forte et fière, je renaitrai et la peur de la mort qui me courbe l’échine tous les jours n’existera plus. Je suis en vie, maintenant et pour les années à venir, puissent-elles être paisibles et heureuses et me permettre de sentir encore l’odeur des tubéreuses.

Bisous, Ada. 

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Audrey dit :

    Je t’envoie tout le courage du monde. C’est vraiment touchant …

    J'aime

  2. Audrey dit :

    (Oups je n’ai pas fait attention mais j’ai mis le commentaire sur le partage, pas sur l’article initial! Désolée)

    J'aime

  3. Bon courage il faut prendre de toi et si l’hôpital est la seule solution il faut prendre le temps nécessaire pour prendre des forces et repartir sur de bonnes bases. Comme tu le dis il faut profiter de la vie elle vaut le coup d’être vécue ! Tes parents ne veulent que ton bien et s’inquiètent pour toi c’est tout à fait normal et tu as de la chance qu’ils soient là pour toi 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as raison, mes parents veulent m’envoyer à l’hôpital car ils sont inquiets, ils ont besoin d’être rassurés. Si seulement je pouvais guérir d’un claquement de doigt et ne pas avoir à endurer tout cela… Mais c’est plus forts que nous sortirons de cette épreuve. Merci pour tes encouragements, bisous, Ada ❤

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s