Ceux qui partent… et ceux qui restent

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Bonjour guys ! Je préfère vous prévenir, cet article ne sera pas joyeux. Je suis hypersensible et absorbe toutes les émotions des autres, aussi je reste à l’écart des mauvaises nouvelles pour me préserver. Mais parfois, on ne peut pas y échapper, notamment en ce qui concerne la mort des proches, ce qui est le sujet de cet article. Rares sont-ils d’ailleurs ceux dans lesquels je parle de choses négatives, mais là, en l’espace de 2 jours j’ai appris 2 décès, c’était trop, il fallait que j’écrive.

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D’abord ma grand-mère maternelle qui est décédée le dimanche 06/05 au matin, dans son lit, mon oncle l’a vue mourir, cela doit-être traumatisant… Mon père était sur la route quand c’est arrivé, direction Montauban, la maison familiale. Elle souffrait d’alzheimer et était en phase terminale, c’était un légume qui ne déglutissait même plus. Il allait rendre visite, surtout pour soutenir mon papi et voir ses 3 frères. Ma mamie a attendu le bon moment pour mourir, ils étaient tous réunis et on pu se soutenir dans le chagrin. Enterrement mercredi après-midi. C’est surtout pour mon papi Marcel que j’ai de la peine, presque centenaire, sourd et aveugle, mais adorable comme il y en a peu. A mon avis, il va se laisser mourir, tranquillement. Cette mort, tout le monde s’y attendait. A vrai dire, c’était presque un soulagement car la maladie était un poids pour tout l’entourage. Lit médicalisé à domicile, perfusions en tout genre, escarres, infirmières, docteur, état qui se dégrade de jour en jour… pour moi, ma mamie Mimi était morte depuis longtemps déjà, faire mon deuil ne sera pas très dur, elle repose en paix, elle est libre. Au contraire, je trouvais l’acharnement thérapeutique révoltant. Elle a fait un AVC et avait un oedème cérébral, elle souffrait malgré les doses de morphine. A quoi bon ? Pourquoi ne pas faire une injection létale et la laisser s’endormir paisiblement ? J’espère que la France adoptera bientôt des mesures en ce sens afin que nous puissions mourir sans souffrir et en étant digne. Pour rendre hommage à ma mamie, ce dimanche j’ai porté la blouse blanche brodée avec des boutons dorés renfermant des perles qu’elle m’avait donnée il y a des années. J’ai également préparé un riz au lait à la vanille pour mon papa qui est finalement rentré le lendemain, il a passé la nuit chez lui, avec son père, dans sa maison d’enfance, et aussi auprès de ses frères. Mon père m’a raconté un jour qu’il avait le souvenir que sa mère préparait du riz au lait à la vanille quand il était petit, alors pour le réconforter et pour perpétuer la recette, j’ai cuisiné mon premier riz au lait pour l’occasion.

 

C’était une femme coquette, avec des dessous satiné, jupe et talons, chemisier en soie, lunettes Nina Ricci, bigoudis et coloration capillaire, bijoux en veux-tu en voilà, maquillage acheté en pharmacie ( elle était hypocondriaque soit dit en passant ) et fascinée par la monarchie. Dans le salon, à côté des bonbons au caramel, reposait une pile de magazines sur la royauté suédoise, anglaise, monégasque… elle avait aussi toute une collection de fèves de couronne des rois, très croyante qu’elle était, on n’échappait pas à la traditionnelle coque. J’ai peu de souvenirs avec elle, je la voyait très peu, mais je me souviens de sa petite taille et de son sourire, de sa gentillesse et de sa douceur, de ses pommes duchesses et gratin de macaronis avec de la chapelure sur le dessus, de la nuit où j’avais peur seule dans cette grande chambre et quelle est venue m’allumer une veilleuse, de quand le boulanger passait devant la maison et qu’elle sortait à la hâte, dressée sur ses chaussons avec des talons et son tablier bleu ciel noué à la taille pour me prendre un pain aux raisins, ma viennoiseries favorite. Je me souviens d’une poupée à l’effigie de Sissi l’Impératrice, des boules de coton de toutes les couleurs dans une jarre en porcelaine, de son émotivité ( elle pouvait se mettre à pleurer à table pour une rien ), de ses anecdotes qu’elle était la seule à comprendre :  » C’est machin qui a fait ça, tu sais le fils de bidule, et puis comme il était marié à truc ils sont partis là-bas et puis voilà, il m’a dit que et puis, mais si rappelez-vous ! » Et tous le monde se regardait, le sourire en coin, pour dire « moi non plus je n’ai aucune idée de qui ni de quoi elle parle ». Je me souviens qu’une des rares fois où je suis restée dormir, j’avais peur d’être seule dans cette grande chambre et elle est venue m’allumer une veilleuse. Je me souviens de ces « Ah ouiiiii » poussés comme un soupir. Je me souviens de son sourire qui la rendait belle. Je la trouvais belle tout court d’ailleurs, bien que je n’ai vu que très peu de photos d’elle jeune. Toujours coquette et sur des talons compensés, ce petit bout de femme à côté de son immense mari. Une femme au foyer dévouée à ses 4 garçons, aucune études de faites ni de travail à proprement parler, le cliché de la mère des années 50/60. Mais elle n’était pas idiote pour autant ni une potiche. C’était une femme, une mère, grand-mère, arrière grand-mère même, aimante. Alors non, je n’ai pas beaucoup de moments partagés avec elle, à mon plus grand regret. Mais les regrets ne servent ni ne mènent à rien, je l’ai connue et pour ça je remercie la vie. Croyante comme elle est, je suis sûre qu’elle doit être au Paradis, la mémoire retrouvée, la maladie évaporée; que Dieu l’a accueilli les bras grands ouverts et que, parmi les anges, elle nous regarde avec bienveillance. S’il y a une chose que je retiens de toi mamie, c’est que la famille est plus sacré que tout et que l’amour est la raison qui  nous maintient en vie. Alors mamie sache que je t’aime et vous, ayez conscience de la valeur de vos proches, de vos relations avec eux. L’amour et le soutien de ma famille, c’est ma raison de vivre.

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Le lendemain, mon père à peine rentré de chez lui et ma mère du travail qu’il est l’heure de préparer le dîner. Il nous raconte ses deux journées intenses et émotives, les obsèques, l’organisation etc. la conversation n’était pas finie que mon grand-père maternel ( nous habitons juste à côté de chez mes grands-parents maternels dans un petit village du Lot-et-Garonne, mes paternels ont une maison à Montauban ) nous appelle pour nous dire qu’Huguette, une des nombreuses cousines de ma mère ( on est italien du côté de ma mère alors je vous dis pas le nombre de cousins et cousines, on a peuplé tout le département ) a fait trois arrêts cardiaques et est hospitalisée à Agen, elle a environ 60 ans, elle est en état de mort cérébrale, les médecins attendent que le coeur s’arrête petit à petit vent de déclarer l’heure du décès. Elle est morte le lendemain matin. Je vous dis pas l’état de choc dans lequel était ma pauvre mère, entre cousines elles sont toutes très proches. En plus ma mère est fille unique alors disons que ses cousin(e)s sont un peu comme des frères / soeurs. Huguette et ses cheveux noirs et courts, ses ongles peints en rose fluo, ses lunettes de vue, sa voix grave et rauque. Je la revois au Leclerc avec son père, l’aidant à faire les courses, nous nous étions croisés à 3 rayons différents : au pain de mie, au rayon frais et à celui des produits de beauté. Elle cherchait une coloration noire. C’était il y a quelques mois, c’est la dernière fois que je l’ai vue. Au moins, j’ai un bon souvenir et elle était en forme. C’est ça justement l’horreur dans l’histoire, elle n’étais pas malade. Son coeur a lâché comme ça, sans préavis. Contrairement à ma mamie par exemple qui avait Alzheimer depuis des années et qui vivait ses derniers instants, Huguette était beaucoup plus jeune et bien qu’elle fume des cigarettes et qu’elle soit fatiguée de devoir s’occuper de ses parents âgés et malades, personne ne s’imaginait qu’elle meure de la sorte. Son mari, que je connais très mal mais dont cela se voyait qu’il était fou amoureux, est anéanti tout comme leur fils. Tout le monde en fait est anéanti. Deux cousines à ma mère sont passées cet après-midi, elles se sont rendues toutes les trois au domicile de Rémi. J’ai la chance d’avoir une famille soudée, personne n’est laissé pour compte ni seul, tout le monde se soutien.

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En ce qui me concerne, je n’en peux plus, je suis vidée et épuisée physiquement et psychologiquement. Je me sens angoissée et oppressée, j’ai du mal à respirer, je suis fatiguée, j’ai mal partout, migraine, tremblements… mon corps somatise au point que j’ai saigné du nez. J’ai envie de pleurer et puis je me dis que non, j’ai envie de penser à autre chose, alors je fais l’air de rien un fondant au chocolat pour réconforter mes parents et mes frères ( et pour me défouler en battant les oeufs aussi ). J’ai les yeux qui brûlent mais pas de larmes, j’ai la gorge nouée, je ressens tout et rien à la fois. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai jamais ressenti autant d’émotions en même temps, négatives qui plus est. Je ne me sens pas bien et je suis navrée de publier cela car mon blog n’est pas consacré à ce genre de thème. Mais c’est mon blog, mon espace de liberté, je m’y dévoile. Je ne vais pas bien, la mort est partout, je le sais, mais quand on est confronté de façon si rapprochée à la mort d’êtres chers, tout s’écroule et votre propre vie paraît si insignifiante et ridicule. Je ne me voyais pas publier un article fashion ou beauté, ce serait que de vous mentir que de dire que j’ai la tête à ça et que je suis toute enjouée à l’idée d’avoir ce rouge à lèvre ou cette paire de shoes.

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Ma vie ne vaut rien, je vais mourir, comme tout le monde ici bas, et il ne restera rien, aucune trace, aucun souvenir. Mais je m’en fiche, de tout manière que le monde entier se souvienne de moi ou personne, je serai morte alors cela ne changera rien. Avec ces décès, j’ai réalisé ce que je savais déjà mais ce que je n’aime pas me rappeler : que notre vie sur Terre est éphémère et fugace, que l’on ne sert pas à grand chose, que l’on se prend souvent la tête pour pas grand chose non plus, et qu’il faudrait que l’on se donne les moyens de vivre le peu de temps que nous avons en étant plus positifs, altruistes et aimants. En rêvant, et ayant confiance en nous, en disant merde aux diktats et préjugés, en faisant ce qui nous plait, qu’importent les standards de la société. Qu’y-a-t-il de mal à être berger ou banquier ? De se décolorer les cheveux en blond platine ou d’être gay ? De se faire tatouer ou de ne pas s’épiler les sourcils ? De tomber amoureux et de se marier trop vite, d’adopter un chat même si papa ne veut pas ? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre, ni de mourir d’ailleurs. Vivons nos vies comme nous l’entendons, disons tous les jours à nos proches que nous les aimons, et la mort viendra nous cueillir comme si nous étions une cerise à point. Nous sommes là, accroché au cerisier de la vie, parmi les fleurs de sakura au pieds du Mont Fuji, nous ne sommes pas seuls, le soleil nous a fait rougir, la vie nous a fait mourir, et le destin nous récoltera au moment où le soleil se couchera, mais demain, pour tous les autres, le soleil se lèvera.

 

 

Bisous, Ada. 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. 15ansdemafia dit :

    Chère Ada, on peut croire à la religion ou pas, mais l’expression « porter sa croix » trouve toute sa signification par les épreuves que nous vivons dans notre vie. Il n’y a pas de hasard non plus. Si nous portons notre croix, c’est pour apporter quelque chose aux autres. En fait, peut-être que tout est positif, ou que l’on trouve quelque chose de positif dans toute chose. Un décès est traumatisant mais celui qui reste doit continuer à vivre avec encore plus de conviction pour celui qui est parti. Les épreuves doivent nous donner plus de force pour mériter un jour de partir à son tour.

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    1. En effet, croyant ou pas, nous portons tous notre croix, les cicatrices de la vie, les épreuves de notre histoire. Le positif dans tout cela est que j’ai remarqué à quel point ma famille est soudée et se soutien dans les difficultés. La mort est inévitable, il faut savourer chaque instant, les plus petites choses sont précieuses, le chant d’un oiseau ou l’odeur d’une fleur. Je n’ai pas peur de mourir, mais je ne veux pas pour autant que cela soit précipité et douloureux. J’espère que ta croix ne pèse pas trop lourd et que tu trouves du réconfort auprès de tes proches dans tes moments difficiles. Bisous, Ada.

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